Derrière ses paysages paradisiaques, l'Australie est un pays qui subit de plein fouet le réchauffement climatique . Depuis plusieurs années, les feux de forêt et la montée des eaux menacent plusieurs zones de l'île. Dans ce contexte, le coût des assurances habitation augmente jusqu'à devenir insoutenable pour une partie de la population.
Selon un rapport publié par Actuaries Institute, près de 15 % des Australiens n'ont plus les moyens d'assurer leur propriété tant les primes ont augmenté. On dit que leur assurance les place dans une situation de « stress financier », c'est-à-dire que les primes représentent plus de quatre semaines de revenus. Au total, ils sont 1,6 million de foyers dans cette situation, un chiffre en progression de 30 % par rapport à l'an dernier.
La problématique risque de s'amplifier dans les prochaines décennies. Le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud a publié un rapport prévoyant les conséquences de la montée des eaux et de la hausse des températures jusqu'en 2100. Cet état du sud-est de l'Australie où 80 % de la population vit à moins de 50 kilomètres du littoral pourrait être fortement touché par les inondations.
Même les plus grandes villes comme Sydney pourraient être menacées, d'après le rapport. Ainsi, le nombre de foyers potentiellement touchés par les sinistres climatiques devrait grimper dans les années à venir. Et l'augmentation de ce risque devrait continuer de jouer sur les tarifs des assureurs.
L'Australie n'est pas le seul pays dans lequel ce phénomène s'observe. D'après l'institut Swiss Re, la charge climatique a dépassé la barre des 100 milliards de dollars pour la quatrième année d'affilée en 2023, à 108 milliards de dollars (99,8 milliards d'euros).
La tendance s'est poursuivie sur l'année 2024. Les pertes assurées mondiales liées aux catastrophes naturelles se sont élevées à 60 milliards de dollars au premier semestre. Ce chiffre est de 62 % supérieur à la moyenne des dix dernières années.
Cette spectaculaire augmentation s'explique par la hausse du nombre d'événements de petite à moyenne intensité, tout particulièrement les orages violents qui représentent 70 % des pertes assurées mondiales. Sous cette dénomination sont inclus la grêle, les vents violents et les tornades. Des tempêtes particulièrement destructrices aux Etats-Unis, où elles ont chacune causé un minimum de 1 milliard de dollars de dégâts.
En France, les sinistres climatiques de l'année 2023 ont coûté 6,5 milliards d'euros aux assureurs. Un montant record qui s'explique par le nombre croissant de tempêtes, d'inondations , mais aussi de maisons fragilisées par la sécheresse. Pendant les années 2010, cette facture atteignait en moyenne 3,7 milliards d'euros. Elle ne s'élevait qu'à 2,7 milliards dans les années 2000.
Devant ce risque croissant, les assureurs réagissent de plusieurs manières. Si certains rehaussent leurs prix, d'autres font le choix d'abandonner le marché. Ces désengagements entraînent une augmentation du reste à charge des assureurs.
Ce fut notamment le cas en Californie l'année dernière, lorsque sept des douze grands groupes américains ont renoncé à assurer des logements dans l'Etat. Outre la multiplication des catastrophes climatiques, les assureurs ont dénoncé la hausse de certains matériaux qui amplifie le coût de la réparation des sinistres.
Pour contrer ce phénomène, plusieurs Etats américains touchés légifèrent. Leur objectif est de réduire les coûts des litiges pour soulager la rentabilité des assureurs privés. Le Parlement de Floride a notamment voté une loi supprimant le système de « cession des prestations » qui permettait à un assuré de céder son sinistre à un prestataire chargé de récupérer des fonds.
Rémy Videau in LES ECHOS