Derrière un terme abscons se cache une menace à laquelle presque aucune région n'échappe aujourd'hui. En France, plus de 10 millions de maisons sont exposées au risque de retrait-gonflement des argiles (RGA) : les terrains argileux se rétractent quand il fait très sec et gonflent quand les pluies reviennent. Les bâtiments se fissurent, parfois sévèrement.
Et « le changement climatique est un important facteur aggravant, préviennent, dans un rapport publié ce jeudi, l'Ademe et le Réseau Action Climat, qui regroupe de nombreuses associations environnementales. Le RGA est en effet favorisé par la sécheresse des sols, mais aussi par la hausse des températures et les précipitations extrêmes, trois facteurs accentués par le réchauffement global ».
Le phénomène entraîne déjà des dégâts considérables. Depuis 2006, les sinistres reconnus ont explosé de 145 % (par rapport à la période 1989-2005). Après la sécheresse de 2022, les compagnies d'assurances ont versé 3,5 milliards d'euros, un record. Les différentes régions de l'Hexagone ne sont toutefois pas logées à la même enseigne.
« De loin », le Centre-Val de Loire est celle dont la population est la plus exposée au risque : les deux tiers des habitants « sont en zone d'aléa fort ou moyen, soit 1,72 million de personnes », indiquent les auteurs. Le patrimoine n'est pas épargné, plusieurs châteaux de la Loire étant situés en zone à risque modéré, dont le Clos Lucé, Blois, Chenonceau et Azay-le-Rideau.
Une grande partie de la population est également concernée en Bourgogne-Franche-Comté, en Nouvelle-Aquitaine - dont « un tiers des maisons sont d'ores et déjà exposées » -, en Occitanie ou en PACA. Au total, plus de 20 millions de Français sont touchés, d'après la Caisse centrale de réassurance, dont les données sont citées dans une étude publiée en mai par l'association Conséquences et la start-up Callendar. Le Réseau Action Climat met en garde : si le phénomène de retrait-gonflement des argiles « ne présente pas ou peu de risques physiques pour l'homme, il peut générer des risques psychologiques liés à la perte de biens ».
Dans le Grand Est, le risque est arrivé plus récemment, avec le recul de l'indice d'humidité des sols, alors qu'il était « rare, voire inexistant, avant les années 2000 », disent les experts du RAC. Ils notent que la hausse des catastrophes naturelles liées au RGA dans la région, où 2,7 millions de personnes sont aujourd'hui concernées, est « spectaculaire » : + 564 % depuis le début du siècle, et + 1.132 % en Haute-Marne, un bond inégalé en France. Pour l'heure, seule la Bretagne est encore très épargnée (3 % de sa population est exposée), mais la Caisse centrale de réassurance estime que la sinistralité dans la région pourrait grimper de plus de 160 % en 2050.
Muryel Jacque